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2009 interview in Paris

Avoir la chance d'interviewer Akino Arai, ça n'arrive pas tous les jours. Le jour où on m'a proposé cela, j'étais totalement enthousiasmé et en même temps, très stressé... Comment en seulement 30 minutes, pouvoir faire le tour d'une carrière si brillante et si mystérieuse. Cet interview a eu lieu dans un café non loin de son hôtel dans le cadre de sa tournée en France d’avril 2009.

 

 

Oliver Van : Déjà trois ans sont passés depuis votre premier concert en France. Quel souvenir en gardez-vous, et quelles sont les principales différences auxquelles on peut s'attendre entre ce concert et ceux de ce week-end ?

 

Akino Arai : Mon premier concert, il y a 3 ans fut une grande première, car je n'avais jamais fait de prestation en dehors du Japon. J'en garde un souvenir particulièrement important, car j'ai pu chanter dans un enthousiasme que jamais je n'aurais pu imaginer de la part du public français. J'ai été littéralement enveloppée par les vagues d'applaudissements très chaleureux, je me sentais bien, je me sentais protégée, en sécurité dans ce concert. C'est un souvenir inoubliable dans ma vie de musicienne.

 

La principale différence cette fois-ci, elle est dans la composition de la scène. Hogari-kun (Hogari Hisaaki), mon sound producer, est revenu avec moi, mais il y aura aussi une autre personne : Todo-kun (Masahiko Todo) qui est un violoniste avec qui je réalise des concerts depuis quelques années déjà et qui participe à mon nouvel album.

 

Oliver Van : Il y a un énorme travail de réarrangement de vos morceaux pour le live, mais aussi beaucoup de jeux de lumière, de mise en scène... Pour ce week-end on annonce aussi des animations réalisées à partir de vos dessins. Qu’elle est votre approche du live, quelles sont vos principales préoccupations lorsque vous concevez un concert ?

 

Akino Arai : En live ? C'est sans aucun doute l'atmosphère, l'ambiance... La question est compliquée... J'ai envie de créer une atmosphère particulière. Le point crucial pour moi, sur la scène, c'est de me concentrer totalement sur ma création, sur mon univers. Mais il ne s'agit pas de me replier sur moi-même, il s'agit au contraire d'être moi-même dans une forme de rayonnement complètement tourné vers l'extérieur. Ce n'est pas l'ego qui est mis en avant, c'est en fait une recherche du non-soi.

 

Oliver Van : Les fans français vous connaissent essentiellement pour vos génériques d'anime, et d'ailleurs les réarrangements sur les morceaux les plus connus avaient dérouté une partie du public de votre concert il y a trois ans. Qu'en est-il de votre public japonais ? Sont-ils eux aussi plutôt des fans de vos travaux pour l'animation, ou des connaisseurs de votre musique d'un point de vue général ?

 

Akino Arai : Personnellement, je ne distingue pas les génériques d'anime du reste de mes créations quand il s'agit de concevoir un concert. Toutes ces chansons sont des créations personnelles. Ce qui m'intéresse lors d'un concert, c'est de me réapproprier toutes les chansons avec l'équipe en place. On réfléchit sur ce que l'on veut exprimer sur le moment, sur l'atmosphère que l'on veut créer et les chansons qui la serviront le mieux. Chaque live peut être différent : mes fans japonais le savent bien. Si le public français s'attend à entendre les génériques d'anime dans leurs versions studio, alors même si ce n'est peut-être pas gentil de ma part il est possible qu'il soit déçu.

 

Oliver Van : Beaucoup de vos fans espèrent la sortie d'un DVD live, est-ce qu'il y a des projets dans ce sens ?

 

Akino Arai : Un DVD de concert ? Non ce n'est pas prévu... Des DVDs de clip, c'est possible, mais pas vraiment de DVD live. Par contre un projet existant, c'est celui de créer un DVD d'animation sur mes chansons utilisant les visuels qui apparaissent lors de mes concerts, notamment les dessins que vous verrez ce soir. Toutefois jusqu'à maintenant la plupart de mes concerts ont été filmés, donc il est possible que des extraits soient compilés sur ce DVD ou en accompagnement d'un prochain album.

 

Oliver Van : En parlant d'albums justement, plusieurs de vos CDs utilisent le terme Sora (ciel, mais aussi imaginaire selon diverses spécificités d'écriture de la langue japonaise), à chaque fois écrit différemment : en kanji dans Sora no mori, en hiragana dans Sora no niwa, en romanji dans Sora no uta, et en katakana dans Sora no Sphere. Est-ce qu'il y a une signification particulière à ce choix ?

 

Akino Arai : Il n'y a pas d'explication rationnelle à cela, je n'ai pas vraiment fait attention à cette différence. C'est vrai que finalement j'ai employé toutes les façons d'écriture du terme Sora sur ces albums, mais c'est un pur hasard !!

 

Oliver Van : Du coup comment allez-vous faire la prochaine fois ?

 

Akino Arai : (Rires) Et bien puisque toutes les options sont épuisées, peut-être que je ne réutiliserai plus le terme « sora ».

 

Oliver Van : Pourquoi avoir attendu 4 ans avant de proposer ce nouvel album ?

 

Akino Arai : J'aurais aimé pouvoir sortir un nouvel album sans attendre si longtemps, mais je n'avais tout simplement pas assez de morceaux pour faire un album complet et cohérent. Le travail de création me prend du temps, et la préparation du CD a commencé dès que j'ai réuni suffisamment de chansons.

 

Oliver Van : Quelles sont les principales nouveautés de cet album ? Vos inspirations, les thèmes abordés, une éventuelle nouvelle façon de travailler ?

 

Akino Arai : La principale différence entre cet album et le précédent, Eden, c'est le point de vue du monde qu'il exprime. Lorsque j'ai produit l'album Eden, j'ai voulu retranscrire ma vision du monde vu depuis mon univers. J'ai regardé ce qu'il se passait autour de moi : l'évènement du 11 septembre 2001 m'a terriblement affectée, tout comme un certain nombre d'expériences personnelles plus ou moins graves qu'il m'a fallu surmonter. Eden est le reflet de cette gravité, de cette tristesse.

Cette fois-ci, la création de l'album a surtout été influencée par ma rencontre avec la philosophie du Dalaï-lama. J'ai eu l'occasion d'aller en Chine plusieurs fois, et j'ai étudié la philosophie de cet homme. Cela a modifié mon positionnement spirituel dans le cadre du processus de création : au lieu de regarder le monde de ma place habituelle et de me laisser submerger par les choses, j'ai pris du recul, pris de la hauteur surtout, pour pouvoir observer les choses de haut, sans barrière.

 

Oliver Van : On trouve sur cet album, un titre en Français, mizu, le premier depuis la chanson Rêve de l'album Furu Platinum (2000). Pourquoi cette envie ? L'approche musicale est-elle différente sur un titre en Français ?

 

Akino Arai : En ce qui concerne la chanson Rêve, l'inspiration m'est venue du roman et du film Zazie dans le métro. J'ai voulu mettre dans cette chanson la gaieté et l'innocence d'une petite fille. Cette fois-ci pour mizu, j'avais d'abord envisagé de chanter en japonais. Mais au fil que je composais ce morceau, je me suis dit que la mélodie collerait bien avec des paroles en français. J'ai alors demandé à mon amie Adeyto, qui connaît bien mon univers et en qui j'ai une totale confiance, d'écrire les paroles de cette chanson.

 

Van : Ce n'est pas la première fois que l'on entend parler de cette personne, comment l'avez-vous rencontrée ?

 

Akino Arai : J'ai rencontré Adeyto grâce à un ami commun, Vincent. Elle n'est pas française, mais franco-allemande, elle ne maitrise pas le français parfaitement, mais elle habite à Paris. Lors de ma venue à Paris il y a 3 ans, j'ai aussi rencontré une Française qui est venue au Japon par la suite et m'a aidée à corriger ma prononciation française. Pour la petite histoire, cette personne est en fait d'origine cambodgienne, mais née en France et elle parle donc parfaitement français ! C‘est elle qui a apporté les dernières retouches aux paroles en français de mizu. En fait c'est une accumulation de hasards qui fait qu'aujourd'hui je peux chanter ce titre en français sur mon nouvel album.

 

Oliver Van : Sur ce titre vous collaborez avec Yula Yayoi, 10 ans après Goddess in the Morning. Comment se sont passées ces retrouvailles ? Avez-vous d'autres projets en commun ?

 

Akino Arai : Je suis très amie avec Yula Yayoi depuis de nombreuses années, aussi on ne peut pas dire que notre relation soit vraiment une relation de travail... Depuis cette première collaboration, nous nous sommes dit régulièrement qu'il faudrait recommencer à l'occasion, mais l'une et l'autre avons un emploi du temps chargé qui nous donne beaucoup de travail au quotidien. Si bien que l'occasion matérielle ne s'est pas présentée avant un long moment... Toutefois comme je savais que je tenais à refaire quelque chose avec elle, j'ai composé des morceaux susceptibles de correspondre à son inspiration. Nous avons concrétisé tout cela il y a maintenant deux ans, et ce sont les fruits de ce travail que je vous présente aujourd'hui.

 

Oliver Van : J'ai lu aussi que vous appréciez beaucoup l'artiste française Emilie Simon. Qu'est-ce que vous aimez dans sa musique, et souhaiteriez-vous avoir l'occasion de travailler avec elle ?

 

Akino Arai : J'aime beaucoup ce qu'elle fait. C'est mon ami Vincent, qui m'a présentée à Adeyto, qui m'a aussi fait découvrir cette artiste. Je l'adore, et puis elle est particulièrement "kawaii", mais je ne la connais pas personnellement. Ce serait un plaisir de travailler avec elle. Si vous la connaissez, présentez-la-moi !

 

Oliver Van : Vous produisez régulièrement d'autres artistes, notamment Aoi Teshima et Minakumari. Qu'est-ce qui vous incite à soutenir tel ou tel artiste ? Avez-vous d'autres projets de production pour d'autres artistes ?

 

Akino Arai : Aoi Teshima est une excellente chanteuse, et c'est quelqu'un du staff de cette artiste qui est venu me trouver pour me demander d'écrire pour elle. Je n'aurais jamais pu chanter ce genre de titres moi-même, c'est la voix d'Aoi Teshima qui a complètement influencé mon travail de création musicale. Pour elle et grâce à elle, j'ai pu donner naissance à des morceaux que je n'aurais pas pu imaginer autrement.

 

Concernant Minakumari, qui sera en live à Paris cette semaine (NDLR : Minakumari avait plusieurs scènes parisiennes planifiées sur la semaine, qui n'ont fait l'objet d'aucune promotion, si bien que l'annonce de ces concerts fut une complète surprise), elle chante et joue de la cithare, elle a une voix très mignonne et a participé aux chœurs de certaines de mes chansons. Lorsque je chante seule, l'impact musical est limité. Grâce à toutes ces participations, je peux élargir mon univers, et j'ai besoin d'artistes comme elle, de collaborations dans ce genre. Actuellement je n'ai pas de projet particulier de collaboration avec tel ou tel artiste, mais lorsque j'ai une idée précise, je n'hésite pas à faire appel à la participation d'autres artistes.

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